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Totoro n’était pas censé protéger les enfants : son premier design en faisait une bête monstrueuse tout droit sortie d’un conte noir

Totoro n’était pas censé protéger les enfants : son premier design en faisait une bête monstrueuse tout droit sortie d’un conte noir

Le personnage le plus doux et emblématique de l’animation japonaise cache une origine bien plus inquiétante. Dans les premiers croquis de Miyazaki, Totoro ressemblait davantage à une créature de cauchemar qu’à un esprit protecteur.

Symbole mondial de la culture japonaise, Totoro n’a pas toujours été pensé comme le géant attendrissant que l’on connaît. Les archives de Miyazaki révèlent qu’il devait au départ être un esprit plus sombre, inspiré d’un projet avorté de Princesse Mononoké. Ce passé méconnu change totalement la perception du célèbre personnage et éclaire d’une nouvelle lumière l’évolution créative du Studio Ghibli.

Un passé méconnu ressurgit

Dans les premières ébauches de Princesse Mononoké, Totoro n’était pas l’adorable esprit des forêts mais une créature mi-féline et inquiétante. En 1980, Miyazaki travaillait déjà sur ce projet, bien avant sa sortie officielle en 1997. À cette époque, le récit incluait un esprit étrange qui ressemblait fortement au futur Totoro, mais avec des traits plus aiguisés et un air bien plus menaçant. Cette première version, restée dans l’ombre, montre comment une idée sombre a pu se transformer en symbole de douceur.

Le livre qui a tout révélé

En 1993, Miyazaki publie un ouvrage intitulé “Princesse Mononoké : The First Story”, qui dévoile pour la première fois ces croquis originaux. On y découvre un samouraï blessé après une guerre interminable, sauvé par une créature mystérieuse appelée mononoke. Mais ce sauvetage n’est pas gratuit : l’esprit exige que la fille du guerrier devienne sa promise. Déjà, on sent un parfum de conte sombre, plus proche de La Belle et la Bête que du monde coloré de Totoro. Les illustrations aquarelles, rééditées à l’international en 2014, ont surpris les fans par leur ressemblance frappante avec le futur héros de Ghibli.

Une créature entre ombre et lumière

Le “proto-Totoro” de 1980 n’était pas un pur monstre. Il avait ce sourire énigmatique qui deviendra plus tard l’emblème du personnage, mais dans une version plus inquiétante. Si la silhouette est moins ronde, plus proche d’un chat sauvage que d’un peluche géante, la ressemblance est indéniable. Le récit allait même plus loin : l’esprit aidait la jeune fille à sauver son père, oscillant entre menace et protection. Cette ambivalence, à la fois protecteur et oppresseur, en faisait un être bien plus complexe que la version finale.

Les graines du futur succès

Même si ce premier scénario n’a pas été retenu, il a marqué un tournant dans la carrière de Miyazaki. Plusieurs éléments de cette version se retrouveront ensuite dans ses autres œuvres. On y devine déjà l’opposition entre guerre et nature, qui deviendra centrale dans Princesse Mononoké, ou encore la figure de la jeune héroïne, rappelant Chihiro de Voyage de Chihiro. Quant au fameux esprit des bois, il évoluera pour devenir Totoro, débarrassé de son aura inquiétante. Sans ces premiers croquis, il est probable que Ghibli n’aurait pas développé une mythologie aussi riche.

L’adoucissement nécessaire

Pourquoi Totoro a-t-il été transformé en icône familiale ? Tout simplement parce que le projet de Mon voisin Totorovisait un public enfantin. Miyazaki savait qu’une créature trop sombre aurait effrayé au lieu d’attendrir. Totoro a donc été arrondi, simplifié, et doté d’une bonhommie rassurante. Ce choix stratégique a permis au personnage de devenir non seulement la mascotte du studio, mais aussi un symbole du Japon à l’étranger. Imaginer aujourd’hui un Totoro terrifiant est presque impossible, tant il est devenu synonyme de tendresse.

Quand l’histoire bifurque

Cet épisode prouve que les grandes icônes de l’animation ne naissent pas d’un seul trait de crayon. Elles sont le fruit de révisions successives, de tâtonnements, et parfois d’abandons radicaux. Le proto-Totoro rappelle aussi que l’animation japonaise n’a pas toujours cherché la douceur : dans les années 80, les récits de Miyazaki exploraient déjà la noirceur et les dilemmes moraux. Le fait que Totoro soit passé de monstre potentiel à ami des enfants montre bien comment les choix narratifs transforment un projet en œuvre universelle.

L’ombre qui reste derrière la légende

Aujourd’hui, rares sont ceux qui connaissent ce passé. Pourtant, il suffit d’observer les illustrations du livre pour mesurer l’ampleur du changement artistique. Totoro aurait pu devenir une créature inquiétante, liée aux contes sombres et aux peurs ancestrales. À la place, il est devenu l’ami imaginaire que des millions d’enfants rêvent de rencontrer. Cette métamorphose, entre lumière et obscurité, est le parfait reflet du génie de Miyazaki : savoir capter la poésie de ses croquis pour en tirer une légende intemporelle.

Tableau récapitulatif des étapes clés

Étape créative Date Détail
Premiers croquis de Mononoké 1980 Création du proto-Totoro, esprit sombre et félin
Publication en livre 1993 Sortie de The First Story avec aquarelles de Miyazaki
Réédition internationale 2014 Traduction et diffusion en Europe et aux USA
Transformation en mascotte 1988-1989 Naissance du Totoro rond et bienveillant de Ghibli

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